L'institutrice qui n'aimait pas l'informatique

Publié le par Miss Desperate

Suite du billet Le directeur d'école primaire et la communication.

Vendredi soir, 18h15, nous voilà donc dans la salle de classe.  

Chacun sagement assis à une place, les genoux sous le menton. C'est une école comme on en voit souvent à Paris ; des bâtiments du début du XXè siècle, des bureaux en bois, le bon vieux tableau à la craie. Si nous n'avions pas les smartphones dans les poches, nous pourrions nous croire revenus en plein milieu des années 50.

En cette rentrée, une chose me frappe : un seul père dans la classe. Seules les mères sont là. Les années précédentes, c'était beaucoup plus mélangé. Un signal de plus sur le gros retour en arrière ambiant ? Les bureaux sont à moitié occupés, nous sommes une petite quinzaine de parents pour une classe de 28 élèves. Classique.

5637712150_a294398cd5.jpgJe suis installée à la place de Mini Miss, retoquée au fond de la classe quelques jours après la rentrée, alors qu'elle avait choisi une place au premier rang. C'est le lot classique des élèves timides, en début d'année, collé(e)s au fond avec les terribles, pour jouer le rôle d'élément modérateur. Manifestement, l'institutrice ne s'est pas aperçue que Mini Miss porte des lunettes triple foyers qui ne corrigent que très faiblement sa vue. Elle ne voit pas bien à plus de 80 cm.

En mère organisée et malheureusement habituée, je note ce fait à régler en priorité. J'attends toujours la réunion de rentrée pour cerner la personnalité de l'institutrice avant toute intervention. L'institutrice porte des lunettes. J'en déduis qu'elle a une connaissance de ce que peuvent être les problèmes de vue et que, donc, elle privilégie sa tranquillité par rapport au confort de l'enfant. Voyons voir si ce qui suit confirme cette première analyse. Les années précédentes, nous sommes plutôt bien tombés, mais, là, j'ai un gros doute.

- Bon ben voilà, on va commencer. Alors il y a un cahier avec un protège-cahier rouge qui, comme vous avez vu, est utilisé pour les devoirs.

Première mauvaise impression. L'institutrice commence par un détail. Elle ne se présente
pas, ne présente pas sa comparse (l'institutrice du vendredi vu qu'elle n'est pas à plein temps), ne présente aucun projet pédagogique. Admettons.

Elle continue et débite d'une voix monocorde une suite de détails pendant 15 mn. Nous échangeons, au même moment, un regard désespéré avec ma voisine de table, la mère d'une copine de Mini Miss.

L'institutrice annone sa présentation avec tellement peu d'enthousiasme, qu'il est difficile de se concentrer au-delà de la dixième phrase ! Mais comment les élèves peuvent-ils bien faire pour tenir une journée ???

On apprend en vrac qu'ils sont 28 élèves, dont "beaucoup d'élèves en grande difficulté" (Ah bon ? Mais c'était une classe d'un très bon niveau l'année dernière !), qu'elle en choisira 4 ou 5 pour l'aide "obligatoire" (oui, ça on a compris qu'elle y va sans enthousiasme !) "parce qu'après, ça fait trop".

Et les autres élèves en difficulté, alors ? Une mère inquiète pose la question. Sa fille est-elle
prise en soutien ? L'institutrice lui dit qu'elle n'a pas encore décidé. Je ne suis pas sûre qu'elle aie bien identifié qui est l'enfant en question.

Puis, viens une question sur l'enseignement de l'anglais. Sujet délicat car les enfants sont censés avoir étudié l'anglais en sortant du primaire mais il n'y a pas de prof d'anglais. Donc, les années précédentes, une institutrice ayant de lointaines origines espagnoles a bien voulu leur enseigner quelques bases de la langue de Cervantes. Quant à un éventuel enseignement de l'allemand, n'en parlons pas.

- Ah ben ça ! ILS veulent nous faire apprendre l'anglais, figurez-vous ! C'est pour ça qu'il n'y a pas de prof !

Nous n'en saurons pas plus sur le ILS. Mais nous comprenons bien qu'il ne faudrait pas prendre
l'institutrice pour une truffe en l'obligeant à apprendre l'anglais !

Une mère calme le jeu en précisant que, de toute façon, c'est quand même mieux d'avoir un enseignant de langue maternelle anglaise (on peut toujours rêver !).

La comparse de l'institutrice, silencieuse jusque là, intervient timidement. Il faut dire qu'elle est très jeune à côté de sa collègue à l'âge indéfini que nous avons déjà surnommée, entre nous, "2 de tension". (Oui, JE SAIS, ça ne se fait pas ; nous sommes définitivement de mauvaises mères).

- Ben, si besoin, moi, je pourrai leur enseigner l'anglais.

Et d'expliquer qu'elle a les connaissances et la pratique pour ce faire. Elle a l'air beaucoup plus impliquée et enthousiaste. Du coup elle embraye en expliquant qu'elle va enseigner principalement le français aux élèves. Tout se gâte quand elle explique que les élèves devront bien penser à prendre leur "quatreS affaires" le vendredi.

Mais quel français va-t-elle bien pouvoir leur enseigner en parlant de quatreZaffaires ?? Quant à
l'anglais, du coup, on a du coup un sérieux doute...

Suit une question timide d'une mère :

- Et l'informatique, il vont faire de l'informatique ?

La réponse de l'institutrice principale fuse sous la forme d'un cri du coeur :

- Ah ben non alors ! Je suis nulle en informatique !
Mais alors, NULLE !

La mère insiste.

- Mais alors ils n'auront pas informatique ?

- Ben non, hein.

Qui cela va-t-il pénaliser ? Les enfants qui ont un ou plusieurs ordinateurs à la maison et qui sont nés avec une souris à la main ou ceux qui n'ont pas la chance d'avoir un ordinateur à la maison ?

2530295305_d3c14b9552.jpgAu vu de la tournure de la réunion, je ne prends même pas la peine de poser ma question fétiche sur l'approche pédagogique et visant à savoir si l'instituteur privilégie la motivation (en soulignant les progrès et le bon travail) ou s'il privilégie la méthode bâton (en pointant le fait que l'enfant est nul).

De toute façon, j'ai déjà la réponse sur les premiers retours de cahiers : les points d'exclamation des "Travaille plus vite !!!!" en annotation rouge sur un devoir de mathématiques dont les résultats sont justes sont assez clairs.

La réunion se termine assez vite et nous sortons en silence, pour certaines, assez démoralisées.

Tout a duré en tout et pour tout 1 heure (la réunion directeur + la réunion institutrices). Là où nous sortions à 20h les autres années, nous voilà sorties à 19h, décontenancées.

Au moins, j'ai une réponse claire sur un fait que je ne comprenais pas : mais comment se faisait-il que Mini Miss, habituellement si enthousiaste, soit brusquement si démotivée quinze jours après la rentrée ?

Là, je sais que l'année va être très difficile car on touche au coeur du ressort de la réussite scolaire des élèves : l'envie, l'intérêt et la motivation.

Je suis devant un bel exemple de matraquage de la motivation par une équipe "pédagogique". Je précise tout de même que c'est la première fois que je rencontre ce cas. Autre précision, je suis depuis longtemps une fervante supportrice de l'école publique et des méthodes pédagogiques modernes. Comme je m'intéresse à la question, je connais la situation délétère de l'école publique depuis 5 ans. Mais là, franchement, nous tombons sur LES CARICATURES. Celles-là même qui prêtent le flanc aux critiques. D'après mon expérience, elles sont minoritaires, mais elles existent et j'y suis aujourd'hui confrontée.

Alors, avant d'ouvrir une nouvelle rubrique dédiée aux ressources pédagogiques parascolaires plus étoffée que l'actuelle rubrique J'éveille mon enfant (ben oui !), je pose une question : comment peut-on faire un métier avec aussi peu de motivation et d'enthousisame ?

Vous avez une idée, vous ?

Mise à jour 2013 : retrouvez plus de ressources sur mon blog Rituels antistress 

Les publications de ce blog continuent, vous pouvez le laisser en marque-page ;)



Photos FlicKr










Publié dans Mon fils et moi

Commenter cet article

Philippe Bourgau 05/10/2011



Courage ! Il serait temps qu'on arrête de considérer l'informatique comme une matière ... Si actuellement ceux qui ne savent pas s'en servir sont un peu vieux jeu, dans 20 ans, ils seront aussi
handicapés que quelqu'un qui ne sait pas écrire.



le majeur 16/10/2011



waouh ! impressionnante cette instit' ! tristement impressionnante...


je ne sais pas d'où vient ce maque d'intéret pour son métier, mais il semblerait que ça se généralise...



alain l. 20/10/2011



Bonjour ... je fais encore partie des instits motivés ... mais c'est vrai que votre histoire donne un peu froid dans le dos ... Bon ... Juste un petit mot pour vous signaler que le lien


http://desperate-maispastantqueca.over-blog.com/article-armistice-le-11-novembre-1918-explique-aux-enfants-60718103.html


renvoie maintenant vers une page d'erreur  ... comme je l'avais mentionné dans un article de l'Eveil sur le 11
novembre dois-je le supprimer également ... ou pouvez-vous me communiquer la bonne adresse ?



alain l. 21/10/2011



Bonjour Guylaine et merci pour la réponse ... Merci de nous communiquer le nouveau lien ici si possible et je rectifierai :


http://www.eveil25.info/article-c-est-quoi-le-11-novembre-60615136.html


 


 


 


 



Kidibule 20/01/2012


Je suis tombée par hasard sur ce blog -en cherchant une solution pour mes poches sous les yeux ;)- et, étant professeur des écoles depuis maintenant 12 ans, je ne pouvais lire cet article sans
réagir : comment peut-on justifier auprès des parents qu'on ne fera pas anglais parce qu'on ne veut pas apprendre, ou que l'on ne peut enseigner l'informatique parce qu'on est "nulle" ???


J'ai des lacunes en histoire et pourtant je l'enseigne en préparant mes séquences pédagogiques au préalable ; je chante faux et pourtant mes élèves chantent comme des anges grâce aux divers
CD et autres outils à la disposition des enseignants ; le seul ordinateur de la classe est en panne mais j'amène mon mini-PC à l'école pour qu'au minimum un élève par jour puisse taper
un petit texte ; bref il y aurait beaucoup à dire sur le manque de moyens donnés à l'Ecole, mais être professeur reste un métier, pas une toute puissance de celui qui décide et qui
"règne" dans sa classe (mettre les enfants qui ne voient pas bien au fond sous pretexte qu'ils vont calmer les terribles, mais quelle idée ???) et nous nous devons de le faire correctement
...


J'espère que ce que tu as décrit dans cet article n'était qu'une mauvaise "première impression" et que tout est maintenant rentré dans l'ordre :) !


Je m'en vais maintenant rechercher les infos qui m'avaient amenées ici via google :)

magasin de perles 16/01/2014


la motivation est un élément essentiel quand on veut démarrer un projet dans la vie et ceci est valable aussi bien du côté des enfants que du côté des adultes, il faut être motivé pour réussir
sinon on peut vraiment tout laisser tomber afin d'éviter les mauvaises surprises.